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DÉCLARATION DE L’ACAF face à l’organisation du G-20 en Argentine

Le 30 novembre et le premier décembre 2018 aura lieu à Buenos Aires le 20ème sommet du G-20[1], forum créé en 1999 avec la volonté de devenir une instance de gouvernance mondiale, où sont débattus les principaux enjeux mondiaux auxquels nous sommes confrontés: finance, développement, commerce, emploi, santé, environnement…Le G20 doit, par conséquent, mesurer l’échec des politiques «néolibérales» mises en place ces dernières années. De ce point de vue, l’Argentine est un lieu approprié pour que les dirigeants du monde voient les vérités en face. L’ACAF tient à le souligner, car bien que ces vérités se manifestent cruellement dans notre pays, elles concernent tous les habitants de la planète.


En matière économique et financière: les dégâts causés par les politiques d’ajustement et d’austérité imposées par le Fond Monétaire International (FMI) sont malheureusement bien connus dans notre pays comme ailleurs. L’Argentine, utilisée comme laboratoire, a été l’élève modèle du FMI dans les années 90. Tout le monde a encore à l’esprit les conséquences catastrophiques de ces politiques pour le pays : 57% de la population sous le seuil de pauvreté en octobre 2002; dégradation des services de santé publique, de l’enseignement et de la recherche; émeutes de la faim dans un pays de 43,8 millions d’habitants qui aujourd’hui produit de la nourriture pour 500 millions de personnes. Nous avons alors assisté, impuissants, à une augmentation du taux de suicides, de la

mortalité infantile, des violences policières… Certains économistes ont qualifié la situation de crime institutionnel organisé.


A partir de 2003, le gouvernement de Nestor Kirchner, opposé à la doctrine néolibérale, restructure et paye une partie de la dette externe permettant d’affranchir le pays de la tutelle du FMI. Mais alors que l’Argentine n’avait pas encore rétabli des niveaux de vie corrects pour ses populations les plus démunies, le gouvernement de Mauricio Macri l’entraîne à nouveau dans des schémas de dépendance et d’ajustement. La réduction du déficit fiscal étant l’indicateur phare du FMI, nous faisons de nouveau face à la dégradation du niveau de vie de retraités, des milliers de licenciements dans les services publics, la dégradation des hôpitaux, écoles et universités… Toutes ces régressions cachent malheureusement des réalités humaines, les personnes séropositives pour le VIH ne peuvent plus suivre leur traitement, des établissements d’enseignement doivent fermer car ils n’ont plus les

conditions de sécurité minimale pour fonctionner etc…


En matière fiscale: Il est vox populi que certains membres du gouvernement argentin actuel font partie de sociétés offshore et sont impliqués dans le scandale des Panama Papers ce qui n’est d’ailleurs pas un privilège argentin. En effet, les principales compagnies multinationales et les principales fortunes ont organisé de manière légale, une évasion (« optimisation ») fiscale à l’échelle mondiale de l’ordre de plusieurs centaines de milliards de dollars. Précisons que ce « piratage » est réalisé dans le cadre de la loi, avec l’appui de cabinets juridiques spécialisés ainsi que la complicité de grandes banques et d’alliances politiques solidement établies.

La situation est la suivante: les plus riches « optimisent » leurs impôts, soutirant au fisc des sommes colossales et les pauvres et les classes moyennes doivent subir les conséquences de cette évasion de capitaux en subissant

les politiques d’austérité imposées avec l’excuse de l’impératif de réduction du déficit fiscal. Un minimum de sagesse dirait de commencer à l’envers : que ceux qui ont le plus de moyens payent en apportant proportionnellement aux caisses de l’État. Sans « démocratie fiscale », la démocratie tout court est en danger.


En matière de Démocratie et de Droits de l’Homme: L’Argentine ne fait que confirmer une réalité qu’on retrouve sous des modalités différentes dans divers pays : pour appliquer les politiques néolibérales, une remise en cause de l’Etat de Droit est mise en oeuvre progressivement. Depuis plus de 2 ans nous n’avons cessé de dénoncer la dégradation de l’Etat de Droit dans notre pays.

Le gouvernement de Mauricio Macri ne s’est pas contenté de violer toutes les institutions démocratiques: signature abusive de décrets par ordonnances; fonctionnement de la justice sous l’emprise du pouvoir exécutif; violence policière stimulée de manière explicite par le gouvernement, la gâchette facile étant est devenue monnaie courante (les peuples originaires en souffrent particulièrement comme en témoignent les assassinats de Santiago Maldonado et Rafael Nahuel); incarcération de dirigeants sociaux (Milagro Sala en est le cas emblématique); persécution et abus des détentions provisoires envers des membres de l’opposition politique… Le fonctionnement même de la démocratie est en question, les organisations de Droits de l’Homme s’inquiètent du fait que le pays soit soumis à un état d’exception permanent, provoquant un net recul en matière de droits humains,

sociaux et politiques.


L’ACAF (Assemblée de Citoyens Argentins en France) souhaite créer une dynamique de questionnement des institutions mondiales membres et participants du G-20, en organisant un Forum Citoyen avec les organisations et associations citoyennes, les militants politiques et syndicaux, des personnalités d’horizons divers: journalistes, artistes, scientifiques, afin d’inciter auprès des membres participants de tenir compte de nos revendications à l’heure de prendre des décisions aux conséquences si graves sur la population mondiale.

Enfin, il nous paraît indispensable de réfléchir aux instances de recours qui permettraient d’interdire le saccage récurrent des pays comme l’Argentine et d’autres, du fait de la délinquance bancaire et de la corruption de certains dirigeants.


Le 10 septembre 2018

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[1]Le G-20, créé le 26 de Septembre 1999, est intégré par 19 pays et l’Union Européenne (Allemagne, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, Etats-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Russie, Royaume-Uni, Afrique du Sud et Turquie). L’Espagne est un invité permanent des réunions du G20. Tous les ans, le pays qui préside le forum choisit d’autres invités: l’Argentine a invité le Chili et les Pays-Bas. Les pays qui président des organisations régionales comme l’Union Africaine, la Nouvelle Alliance pour le Développement de l’Afrique et l’Association de Nations du Sud-est Asiatique sont des invités réguliers du forum.

Cette année (2018), ces groupes régionaux sont respectivement représentés par le Rwanda, le Sénégal et Singapour. La Communauté du Caraïbe (CARICOM), représentée par la Jamaïque a également été invitée par l’Argentine. En ce qui concerne les organismes internationaux, seront présents les responsables de la Banque Mondiale; le Fond Monétaire International (FMI), l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE), la Banque Interaméricaine de Développement (BID), la Banque de Développement de l’Amérique Latine, la Corporation Andine de Développement (CAF), l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), l’Organisation des Nations Unies (ONU), le Conseil de Stabilité Financière (FSB) et l’Organisation Internationale du Travail (OIT).



A l’attention des instances organisatrices du G20 en Argentine :


Non aux politiques d’austérité et d’endettement !

Non à la criminalisation des luttes sociales !

Non à l’installation et aux menaces d’un état d’exception !!



Envoyer votre adhésion à l'adresse: acafcorreo@gmail.com

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