Discours du 24 mars 2026 à la Cité Universitaire par José Eduardo Wesfreid, Directeur de recherches au CNRS, membre d’ACAF
- Admin
- il y a 4 heures
- 2 min de lecture
Paris, le 24 mars 2026
La Maison de l’Argentine de la Cité internationale universitaire de Paris
(CIUP), haut lieu de la culture de l’Argentine en France et pivot essentiel
des relations scientifiques et universitaires entre ces deux pays, vit
aujourd’hui un moment grave.
A partir de la nomination, par le président Javier Milei, de Santiago
Muzio en qualité de directeur, une vague d’obscurantisme recouvre la
Maison.
Il est devenu un lieu de formation de l’extrême droite française et
européenne.
L’intolérance se légalise : En effet, cette direction refuse, de signer la
charte des valeurs humanistes qui régissent la vie de la CIUP et des
menaces d’expulsion se font sentir contre ceux qui ne sont pas
« conformes »
Cette maison est aussi un lieu de mémoire pour les argentins:
Le 21 mai 1968, à l’époque de la dictature militaire du général Ongania
en Argentine, ce pavillon a été occupé par les étudiants et intellectuels
argentins, comme Julio Cortazar, ancien résident, et autres, pour faire
vivre les temps de révolte et renouveau que vivait la rue de Paris. Un
mural a été peint, par deux grands peintres latino-américains, Antonio
Seguí et Roberto Matta, sur un mur du salon et qui décrivait la
répression militaire. Le directeur de l’époque l’ai fait couvrir et a, ainsi,
détruit cette œuvre d’art.

Parmi les 30000 disparus en Argentine, il y eut un ancien résident de la
CIUP Universitaire, Eduardo Pasquini, physicien du CEA de Saclay,
disparu avec son épouse Liliana lorsqu’ils sont rentrés en Argentine en
1976. Pour lui rendre hommage, sous la direction d’Alejandra Birgin, une
plaque en bronze a été apposée à l’entrée de la Maison, en 2010, par la
Société Française de Physique et l’Asociación Física Argentina.

Le négationniste des crimes perpétrés par la dictature militaire argentine,
dont nous commémorons le cinquantième anniversaire, s’installe à la
Maison: La direction a enlevé, ce 12 février dernier, la plaque apposée en
2022, par le Directeur Miguel Angel Estrella et nos organisations
Assemblée de Citoyens Argentins en France-ACAF- et Hijos, à l’intérieur
de la Maison, afin que les crimes contre l’humanité commis par le
terrorisme d’état ne soient pas oubliés.

L’actuel Directeur veut effacer la mémoire historique, comme l’a fait la
direction de 1968, en détruisant le mural du salon.
L’ACAF exprime sa solidarité avec les résidents de la Maison argentine
qui vivent des moments difficiles du fait de l’autoritarisme de Santiago
Muzio,
Nous voulions également saluer la digne réponse des autorités de la
CIUP qui ont choisi de ne pas se taire face à la politique de l’actuelle
direction, politique en violation des valeurs humanistes que président à
la vie de cet espace universitaire.

Enfin, je voudrais vous rappeler ce texte de Julio Cortazar, au sujet de
l’occupation de la Maison de l’Argentine :
« À la Maison de l’Argentine, comment ....ne pas se manifester alors
que, sous son toit, l'injustice, la discrimination et l'escroquerie morale ne
cessaient de se répéter, qui n'étant rien de plus que le reflet de ce qui se
passe là-bas, dans la patrie.. »
Hommage à une tour de feu, Julio Cortázar, Último round (Tomo I), Siglo XXI, Madrid, 2009 (1969), pp. 194-197.
José Eduardo Wesfreid,
Directeur de recherches au CNRS, membre d’ACAF
