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Lettre aux autorités concernant la Maison de l’Argentine à Paris

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Aux autorités du ministère du Capital humain de la Nation Au Secrétariat à l’Éducation du ministère du Capital humain À la Direction nationale de la coopération internationale, en tant qu’instance compétente concernant la Maison de l’Argentine à Paris

À Monsieur l’Ambassadeur de la République argentine en France En sa qualité de plus haute autorité de la représentation diplomatique argentine auprès de la République française


Madame, Monsieur,


Nous, signataires de la présente lettre — résident·es, ancien·nes résident·es, ancien·nes employé·es, ancien·nes directeurs et directrices de la Maison de l’Argentine à la Cité Internationale Universitaire de Paris ; autorités de la Cité Internationale Universitaire de Paris ; directeurs et directrices d’autres maisons de la Cité ; personnalités du monde de la culture, de la science et de la vie académique d’Argentine et de France ; autorités universitaires ; ainsi que représentant·es politiques argentins et français — nous adressons à vous avec une profonde préoccupation face à la situation institutionnelle, administrative, édilitaire, communautaire et diplomatique que traverse actuellement la Maison de l’Argentine sous la direction de Santiago Muzio.


Au vu des faits détaillés ci-dessous, nous sollicitons l’intervention urgente des autorités compétentes, la réalisation d’un audit intégral de la gestion actuelle et la démission de Santiago Muzio de ses fonctions de directeur de la Maison de l’Argentine à Paris ou, à défaut, sa révocation par les autorités correspondantes.


La Maison de l’Argentine remplit une fonction stratégique pour l’État argentin. Sa mission historique consiste à loger à Paris des étudiant·es, artistes, chercheur·euses et sportif·ves argentins, afin de favoriser leur perfectionnement académique, scientifique, artistique et professionnel, ainsi que la construction de liens internationaux avec la France et avec des personnes provenant d’autres pays et résidant dans les différentes maisons de la Cité Internationale Universitaire de Paris. L’État argentin soutient cette institution avec l’idée que la formation de ses citoyennes et citoyens dans un environnement international d’excellence, ainsi que les réseaux construits au cours de cette expérience, puissent contribuer à l’avenir au développement académique, scientifique, culturel et social de notre pays.


La Maison de l’Argentine dispose d’une capacité d’accueil d’environ 90 résident·es. Bien que les personnes qui y résident paient des loyers mensuels qui, selon les cas, se situent entre 560 et 1 100 euros, l’institution ne génère pas, à elle seule, les fonds nécessaires à son autosuffisance complète, en raison des coûts élevés d’entretien du bâtiment, des salaires et charges sociales du personnel, incluant la direction, le secrétariat, le nettoyage, la maintenance et d’autres frais de fonctionnement. Pour cette raison, et compte tenu des nombreux besoins que connaissent les institutions éducatives, scientifiques et culturelles de notre pays, la bonne administration de la Maison de l’Argentine ne peut être considérée comme une question secondaire. Elle exige au contraire une gestion responsable, transparente, efficace et orientée vers la maximisation du bénéfice public qui justifie l’effort économique consenti par l’État argentin.


Cependant, au cours de la gestion actuelle, nous observons un ensemble de faits qui remettent en question ces principes fondamentaux de l’administration publique : des travaux de rénovation opaques et présumément irréguliers, un manque de clarté dans l’utilisation des fonds, une réduction drastique du nombre de places disponibles pour les résident·es, la détérioration des relations institutionnelles avec la Cité Internationale Universitaire de Paris et avec d’autres maisons nationales, l’affaiblissement de l’agenda culturel, le retrait de plaques commémoratives liées aux victimes de la dernière dictature militaire, une gestion arbitraire et politiquement orientée des places d’hébergement, ainsi que des épisodes de harcèlement, de discrimination et d’insécurité au sein de la Maison.

Dans cette lettre, nous exprimons notre préoccupation face à la gestion peu transparente et éthiquement contestable de l’actuel directeur, Santiago Muzio. Nous sollicitons des autorités compétentes qu’elles auditent et contrôlent de manière urgente les dépenses engagées dans différentes tâches de rénovation et d’entretien qui, selon nos observations, semblent erratiques, insuffisamment planifiées et potentiellement préjudiciables à l’état futur de la résidence. Nous dénonçons également une gestion arbitraire, inefficace et politiquement biaisée d’une institution publique argentine à l’étranger, dont le fonctionnement devrait être guidé par des critères de transparence, de pluralisme, de responsabilité administrative, d’intégration internationale et de respect des droits de ses résident·es.


Sur la base de ce qui précède, nous sollicitons l’intervention urgente du ministère du Capital humain, des autorités compétentes du Secrétariat à l’Éducation, de la Direction nationale de la coopération internationale et de l’Ambassade de la République argentine en France, et nous exposons ci-dessous les principales défaillances de gestion qui fondent notre demande.


1. Travaux de rénovation, usage des fonds publics et présumées irrégularités édilitaires

Depuis le début de sa gestion, Santiago Muzio mène ce qu’il a présenté comme un « plan de rénovation intégrale » de la Maison de l’Argentine. Cependant, la communauté des résident·es observe de nombreuses situations préoccupantes qui justifient un audit administratif, technique et financier urgent.

La Maison de l’Argentine, inaugurée en 1928, est l’une des premières résidences de la Cité Internationale Universitaire de Paris et constitue un bâtiment historique appartenant à l’État argentin. Pour cette raison, toute intervention edilitaire devrait être réalisée avec une planification professionnelle, des contrôles techniques, des autorisations administratives, des critères de conservation patrimoniale et une transparence absolue dans l’usage des fonds publics.

La Maison de l’Argentine comprend deux bâtiments principaux destinés à l’hébergement et à la vie institutionnelle : le Petit Pavillon et le Grand Pavillon. Le Petit Pavillon comprend la résidence du directeur au rez-de-chaussée, plusieurs chambres inoccupées et « en rénovation » depuis environ un an, ainsi que d’autres étages qui hébergeaient jusqu’à présent des résident·es, mais qui seront vidés à partir de juillet 2026 pour de « nouvelles rénovations ». Le Grand Pavillon compte quatre étages destinés aux résident·es et des espaces institutionnels au rez-de-chaussée, comprenant le secrétariat, la direction, une salle destinée aux événements et d’autres espaces communs.

Selon les informations communiquées aux résident·es par l’administration précédente de la Maison avant le début de la gestion de Santiago Muzio, des projets de travaux disposaient d’un budget attribué par le ministère du Capital humain et avaient été approuvés dans le cadre d’une procédure d’appel d’offres public. Parmi ceux-ci figuraient la rénovation des

sanitaires du Grand Pavillon et la construction d’une rampe d’accès pour les personnes en situation de handicap à l’entrée de la Maison, exigée par la Cité Internationale Universitaire de Paris. Pourtant, ces travaux n’ont pas été réalisés à ce jour. Il convient de souligner qu’il s’agissait d’interventions urgentes et prioritaires : d’une part, l’état actuel des sanitaires du Grand Pavillon est gravement dégradé et affecte la salubrité, la qualité de l’habitat et les conditions de vie quotidiennes des résident·es ; d’autre part, la rampe d’accès répondait à une exigence institutionnelle liée à l’accessibilité et au respect de normes fondamentales d’inclusion.

Il est particulièrement préoccupant que, au lieu de donner la priorité à ces travaux urgents et préalablement approuvés, les premiers travaux engagés sous la gestion de Muzio aient consisté à fermer plusieurs chambres qui étaient auparavant destinées aux résident·es et qui se trouvaient au même étage que la résidence du directeur. D’après des témoignages de résident·es, ces interventions ont permis d’aménager des espaces actuellement utilisés par sa famille. Ainsi, tandis que des travaux urgents pour l’ensemble de la communauté étaient reportés, des rénovations associées à l’usage privé du directeur et de son noyau familial auraient été priorisées.

En effet, toutes les chambres du rez-de-chaussée du Petit Pavillon qui partagent l’étage avec la résidence du directeur, ainsi que certaines chambres du premier étage situées au-dessus de cette résidence, sont vides et « en travaux » depuis le début de sa gestion. Cette situation implique une perte prolongée de places disponibles pour les résident·es et, par conséquent, une réduction durable des revenus de la Maison de l’Argentine.

Deuxièmement, certaines des « rénovations » observées sont particulièrement surprenantes. Nous avons vu des murs cassés pour faire passer des tuyaux en cuivre, matériau qui n’est plus généralement utilisé comme premier choix dans de nouvelles installations de construction ou de rénovation ; des aménagements de tuyauterie comportant de multiples vannes sans logique apparente ; ainsi qu’un mur cassé à l’entrée de la résidence afin de révéler une porte ne conduisant à aucun espace fonctionnel, et demeurant dans cet état depuis des mois.

À cela s’ajoute l’absence de tout panneau de chantier visible indiquant le type ’intervention réalisée, l’entreprise responsable, les autorisations correspondantes, le délai d’exécution, le budget ou les responsables techniques des travaux. Pourtant, les résident·es ont observé à plusieurs reprises des personnes travaillant à différents aménagements superficiels au sein de la Maison, incluant tant du personnel de l’institution que des personnes extérieures à celle-ci. Cette situation est particulièrement grave s’agissant d’un bâtiment historique et d’une institution publique argentine à l’étranger.

Troisièmement, dans le cadre de ces rénovations, du temps, des ressources et des efforts importants ont été consacrés à des aménagements principalement esthétiques. Par exemple, l’éclairage a été modifié et le salon des résident·es de la Maison a été repeint, alors qu’il s’agissait d’un espace ne présentant pas de problème urgent et pleinement fonctionnel. Il est particulièrement préoccupant que ce même espace ait été utilisé par Santiago Muzio pour des activités liées à des réseaux de formation politique d’extrême droite dont il fait partie, comme l’ont signalé différents médias. En particulier, Muzio a été publiquement identifié comme directeur de la branche espagnole de l’Institut de Sciences Sociales, Économiques et Politiques — ISSEP —, institution fondée par Marion Maréchal et associée à la formation de cadres politiques de la droite radicale européenne. Ces activités sont d’autant plus graves que les activités politiques partisanes sont interdites tant par le statut de la Maison de l’Argentine que par les règles de fonctionnement de la Cité Internationale Universitaire de Paris. À certaines occasions, ces activités ont eu lieu alors que le salon était en rénovation et que l’accès en était interdit aux résident·es au motif de l’existence de « risques électriques ». Autrement dit, un espace commun de la Maison de l’Argentine, restreint pour ses propres résident·es pour de prétendues raisons de sécurité, a été utilisé simultanément pour des activités privées et politiquement orientées par le directeur. Nous observons également une quantité importante de ressources et d’énergie consacrées à l’aménagement du jardin de la Maison. Si Muzio a affirmé que ces travaux étaient réalisés personnellement par lui et son épouse, des résident·es ont observé à plusieurs reprises la participation de personnel de la Maison et de personnes extérieures à l’institution à ces tâches.

De même, certaines rénovations réalisées dans les espaces communs ont laissé des situations potentiellement dangereuses. Dans l’une des cuisines du rez-de-chaussée, par exemple, après des interventions effectuées sous la gestion actuelle, des câbles sont restés apparents, ce qui représente un risque pour les personnes qui utilisent quotidiennement cet espace. Ce type de situation révèle un manque préoccupant de contrôle technique et de soin apporté aux conditions minimales de sécurité de l’habitat.

Le plus préoccupant est qu’à partir de juillet 2026, Santiago Muzio réduira le nombre de résident·es de la Maison à environ 30 personnes, nombre pouvant être logé dans à peine deux des six étages disponibles pour la résidence. Cette réduction diminuera drastiquement les revenus mensuels de l’institution, transférant une charge accrue à l’État argentin et, par conséquent, au ministère du Capital humain. La mesure est particulièrement inefficace puisque, sans avoir achevé les prétendus travaux dans les espaces fermés depuis des mois, la direction prévoit de fermer de nouveaux secteurs qui, jusqu’à présent, étaient habités et fonctionnels.

Cette décision crée une contradiction manifeste : tandis que des chambres restent fermées pendant de longues périodes en raison de rénovations inachevées, il est prévu de vider d’autres espaces habitables et fonctionnels, réduisant ainsi la capacité d’accueil, les revenus propres de la Maison et la portée de la politique publique qui justifie son existence.

À cela s’ajoute une préoccupation supplémentaire d’une extrême gravité. Selon les informations recueillies par les résident·es, la Cité Internationale Universitaire de Paris n’aurait pas été dûment informée de l’ampleur des travaux en cours, et la Municipalité de Paris n’aurait pas délivré les autorisations correspondantes pour ces travaux, qui seraient obligatoires pour ce type d’interventions. Si cette information était confirmée, il s’agirait de travaux réalisés de manière clandestine ou, à tout le moins, irrégulière : sans autorisation administrative locale, sans garanties suffisantes quant à leur planification technique, sans contrôles patrimoniaux adéquats et sans clarté sur l’usage des fonds publics engagés.

Pour toutes ces raisons, nous demandons aux autorités compétentes d’indiquer si elles ont effectivement connaissance du plan de travaux mené à la Maison de l’Argentine ; si ce plan dispose d’un budget approuvé, d’un accompagnement technique, d’autorisations administratives et de contrôles adéquats ; quels fonds ont été utilisés ; quelles entreprises, fournisseurs ou personnes ont été engagés ; quels critères de sélection ont été appliqués ; quelles priorités institutionnelles justifient ces interventions ; et pourquoi les travaux urgents des sanitaires du Grand Pavillon, qui, selon les informations communiquées par l’administration précédente, disposaient d’une approbation et d’un budget ministériel, n’ont pas été exécutés.

Nous nous demandons également si le ministère du Capital humain peut défendre la gestion de l’un de ses fonctionnaires alors qu’existent des indices aussi préoccupants de manque de planification, de perte de revenus, d’usage peu clair des ressources, d’éventuelles interventions edilitaires non autorisées, de report de travaux urgents et de priorisation de rénovations qui semblent associées à l’usage privé du directeur et de sa famille.

2. Relations institutionnelles, diplomatiques et culturelles

La Maison de l’Argentine à Paris n’est pas seulement une résidence universitaire. Elle est également un espace de représentation symbolique, culturelle et diplomatique de notre pays en France. C’est en son sein que se jouent l’image internationale de l’Argentine, ses valeurs démocratiques, sa capacité d’intégration avec d’autres cultures et sa présence dans l’une des communautés universitaires internationales les plus importantes au monde.

À cet égard, nous observons avec une profonde préoccupation la détérioration des relations institutionnelles de la Maison de l’Argentine avec la Cité Internationale Universitaire de Paris et avec les autres maisons nationales au cours de la gestion de Santiago Muzio.

L’un des épisodes les plus graves à cet égard a été le refus de Muzio de signer la charte des valeurs de la Cité, document visant à promouvoir la coexistence entre pays et cultures, ainsi que la non-discrimination fondée sur l’origine, la religion, l’identité ou l’expression de genre. Ce refus a suscité un malaise parmi les directeurs et directrices d’autres maisons, ainsi qu’une préoccupation au sein de la communauté locale.

Selon les informations transmises aux résident·es, cette situation a eu des conséquences concrètes pour la communauté argentine : plusieurs maisons nationales — parmi lesquelles celles du Japon, du Canada, de l’Allemagne et du Danemark — auraient décidé de suspendre ou de limiter leurs relations d’échange avec la Maison de l’Argentine. Cela implique une perte directe de places disponibles pour les Argentins et Argentines dans d’autres maisons de la Cité, un affaiblissement du programme d’échanges inter-maisons et une moindre intégration de notre pays au sein de la communauté internationale de la Cité Universitaire.

Par ailleurs, sous la gestion actuelle, la responsable de la culture de la Maison de l’Argentine, dont la fonction consistait à maintenir une programmation culturelle active destinée à promouvoir la culture argentine à l’étranger, a démissionné. Ce poste n’a pas été remplacé et, depuis lors, l’agenda culturel de la Maison s’est trouvé pratiquement désarticulé. Cette situation représente une perte significative pour une institution qui devrait fonctionner comme une plateforme de diffusion de la production culturelle, académique et artistique argentine en France.

Pris ensemble, ces faits témoignent d’une détérioration grave de la fonction diplomatique, culturelle et institutionnelle de la Maison de l’Argentine. Loin de renforcer les liens internationaux qui justifient son existence, la gestion actuelle a affaibli la présence argentine au sein de la Cité, réduit les opportunités pour les résident·es argentins et affecté négativement l’image de notre pays auprès d’une communauté universitaire internationale.

3. Retrait de plaques commémoratives liées aux victimes de la dernière dictature militaire

Sous la gestion de Santiago Muzio, trois plaques commémoratives liées à la mémoire des personnes disparues et des victimes du terrorisme d’État durant la dernière dictature

militaire argentine ont été retirées. Ce fait a suscité une large réaction publique, avec des articles et des prises de position dans des médias argentins et internationaux, et a provoqué une profonde consternation parmi les résident·es, ancien·nes résident·es, organisations de défense des droits humains et membres de la communauté argentine en France.

La gravité de ce fait n’est pas seulement symbolique. Les plaques faisaient partie d’une politique de mémoire liée à la reconnaissance des victimes du terrorisme d’État et à la transmission publique de l’histoire argentine dans une institution appartenant à l’État national. Leur retrait, à la veille du 50e anniversaire du coup d’État de 1976, constitue un acte d’une très grande gravité institutionnelle, contraire au consensus démocratique construit en Argentine autour de la Mémoire, de la Vérité et de la Justice.

L’Assemblée de Citoyens Argentins en France — ACAF — a dénoncé publiquement le retrait de la plaque commémorative et a exigé sa restitution immédiate. Dans son communiqué, l’organisation a soutenu qu’il ne s’agissait pas d’une réforme édilitaire, mais d’une tentative d’effacer l’histoire documentée du pays dans un espace appartenant à l’État argentin. L’ACAF a également signalé que le retrait de la plaque était incompatible avec la loi nationale 25.633, qui institue le 24 mars comme Journée nationale de la Mémoire pour la Vérité et la Justice.

Cette loi n’établit pas une commémoration purement formelle. Au contraire, elle dispose que les autorités éducatives doivent promouvoir des actions destinées à consolider la mémoire collective de la société, à susciter le rejet de toute forme d’autoritarisme et à promouvoir la défense permanente de l’État de droit et la pleine vigueur des droits humains. Dans ce cadre, le retrait de plaques commémoratives dans une institution éducative et culturelle argentine à l’étranger contredit ouvertement l’esprit de la norme et les obligations institutionnelles de l’État argentin en matière de mémoire démocratique.

Le fait est d’autant plus grave que la Maison de l’Argentine à Paris n’est pas un espace privé ni une résidence administrée selon les préférences personnelles de son directeur. Il s’agit d’une institution publique argentine à l’étranger, soutenue par des ressources de l’État, destinée à représenter le pays auprès d’une communauté universitaire internationale. Ses autorités ont donc le devoir de préserver les symboles démocratiques et de respecter les politiques publiques de mémoire qui font partie du patrimoine institutionnel argentin.

Le retrait de ces plaques ne peut être interprété comme un fait isolé. Il s’inscrit dans un ensemble plus large de décisions qui ont détérioré la coexistence interne, affaibli l’agenda culturel de la Maison, généré des conflits avec la communauté argentine en France et affecté l’image publique de l’institution. Au lieu de promouvoir une Maison pluraliste, démocratique et respectueuse de l’histoire argentine, la gestion actuelle a produit un grave préjudice symbolique, politique et institutionnel.

Pour toutes ces raisons, nous demandons aux autorités compétentes d’enquêter sur l’identité de la personne ayant ordonné le retrait des plaques, sur le lieu où elles se trouvent actuellement, sur la justification administrative de leur retrait, sur l’existence ou non d’une autorisation du ministère du Capital humain ou d’une autre autorité compétente, ainsi que sur les mesures qui seront adoptées pour garantir leur restitution et la réparation institutionnelle correspondante.

4. Persécution politique, arbitraire et gestion discrétionnaire des places

La réduction du nombre de résident·es prévue pour juillet 2026 a été présentée par la direction comme une conséquence des travaux de rénovation. Cependant, la procédure utilisée pour sélectionner les personnes pouvant continuer à résider à la Maison et celles qui en seraient exclues révèle un manque préoccupant de transparence et soulève de graves interrogations quant aux véritables raisons de cette décision.

Deux semaines avant de communiquer les résultats, Santiago Muzio a demandé aux résident·es souhaitant rester pendant l’été de présenter des documents académiques et personnels, avec l’objectif prétendu d’établir un ordre de mérite. L’appel indiquait que seraient évalués les résultats académiques, les activités académiques prévues durant l’été et la durée de résidence à la Maison, suggérant qu’une priorité serait accordée aux personnes ayant passé moins de temps dans la résidence.

Les résultats ont été communiqués de manière partielle et individuelle le 26 mai 2026, au moyen de courriels envoyés depuis la messagerie personnelle de Santiago Muzio. La liste complète des candidatures évaluées n’a jamais été publiée. Le nombre réel de places disponibles, les critères effectivement appliqués et le prétendu ordre de mérite n’ont pas non plus été rendus publics.

À l’issue de cette procédure, treize résident·es ont été exclu·es de la Maison. Parmi eux se trouvent plusieurs étudiant·es qui devaient poursuivre leurs activités académiques pendant l’été, ainsi que quatre chercheur·euses postdoctoraux se trouvant à Paris pour y mener des recherches scientifiques. Pour ces personnes, la continuité du logement à la Maison de l’Argentine ne constitue pas un confort secondaire, mais une condition matérielle indispensable pour soutenir leurs études, leurs recherches et leurs projets académiques en cours.

Après avoir examiné les situations des résident·es ayant perdu leur place, nous constatons qu’aucune logique vérifiable de mérite académique ni de priorité liée au temps de résidence ne ressort de la sélection. Parmi les résident·es refusé·es figurent des personnes aux parcours académiques remarquables, notamment des doctorant·es, des chercheur·euses postdoctoraux, des docteur·es réalisant des séjours de recherche dans des laboratoires parisiens, des étudiant·es de master et des jeunes qui dépendent de ce logement parce qu’ils ne reçoivent pas d’aide financière de leur famille et travaillent pour soutenir leurs études. Pour ces personnes, le loyer de la Maison de l’Argentine, plus accessible que d’autres options de logement à Paris, est une condition fondamentale pour pouvoir poursuivre leurs études et leurs recherches.

À l’inverse, parmi les personnes acceptées figurent des résident·es ayant déjà terminé leur semestre académique et ayant demandé une prolongation afin de rester quelque temps à Paris à des fins qui ne sont pas strictement académiques. Cette comparaison montre que la sélection n’a pas suivi de manière cohérente des critères d’excellence, de besoin, de continuité académique ni de priorité accordée aux personnes ayant résidé moins longtemps.

L’arbitraire de la procédure est d’autant plus grave si l’on observe les personnes directement affectées. Parmi les personnes exclues figure Nicolina Porcelli, actuelle présidente du Comité des résident·es, élue démocratiquement par les résident·es de la Maison dans le cadre d’une procédure électorale validée et encouragée par la Cité Internationale Universitaire de Paris. Salvador Calanni, actuel vice-président du Comité, a également été affecté par cette procédure. À cela s’ajoute le fait que, l’année précédente, Melina Vladisauskas, alors présidente du Comité des résident·es, avait également été exclue de la Maison.

La répétition d’exclusions touchant des représentant·es démocratiquement élu·es par les résident·es ne peut être lue comme une coïncidence. Elle révèle au contraire un schéma de harcèlement institutionnel visant les personnes qui exercent des fonctions de représentation collective, participent à l’organisation communautaire ou ont questionné certains aspects de la gestion de la direction. En ce sens, nous considérons que ces décisions fonctionnent comme une forme de disciplinarisation de l’ensemble de la communauté résidente : en excluant les personnes occupant des rôles visibles de représentation et de revendication, un message intimidant est envoyé au reste des résident·es quant aux conséquences que peuvent avoir le fait de s’organiser, d’exprimer des désaccords ou d’exiger de la transparence dans la gestion de la Maison.

Cette interprétation est renforcée par les propres explications fournies par Muzio. Interrogé sur les raisons des exclusions, il a convoqué individuellement plusieurs résident·es dans son bureau et a donné des explications différentes, voire contradictoires, selon les cas. Lorsqu’il lui a été demandé de publier le prétendu ordre de mérite, il a admis que la sélection avait été effectuée de manière « subjective » et qu’il n’existait aucune liste correspondant à cet ordre de mérite.

Cet aveu confirme l’absence de critères publics, vérifiables et préalablement établis pour une décision qui affecte directement le droit au logement, la continuité de projets académiques et scientifiques, ainsi que la stabilité personnelle de résident·es argentins à l’étranger.

La gravité de cette décision s’accroît si l’on considère que l’État argentin, par l’intermédiaire d’une institution publique placée sous sa responsabilité, laisse sans logement des étudiant·es et des chercheur·euses argentins qui étaient en train de se former, de mener des recherches scientifiques et de construire des liens académiques dans un autre pays. Ces personnes ont été privées de leur continuité résidentielle sans qu’une solution alternative suffisante leur soit proposée ni qu’elles aient la possibilité matérielle d’organiser un retour immédiat en Argentine. En ce sens, la décision n’interrompt pas seulement des trajectoires académiques et scientifiques en cours ; elle place aussi des résident·es argentins à l’étranger dans une situation d’extrême vulnérabilité, que nous considérons comme une forme d’abandon institutionnel et d’abandon de personne.

Le dénominateur commun entre de nombreux résident·es refusé·es n’est pas l’absence de mérite académique, l’absence d’activités formatrices ni la durée de résidence. Au contraire, les personnes exclues font partie du Comité des résident·es, ont questionné certains aspects de la gestion de Santiago Muzio, ont participé aux réclamations liées au retrait des plaques commémoratives ou réunissent simultanément certaines de ces conditions. Pour ces raisons, nous considérons qu’il existe des indices suffisants pour dénoncer une persécution politique et une utilisation discrétionnaire des places de la Maison de l’Argentine.

5. Harcèlement institutionnel, discrimination et insécurité au sein de la Maison

La gestion discrétionnaire des places s’inscrit dans un climat institutionnel plus large, marqué par des pratiques de harcèlement politique, des restrictions arbitraires à la vie

communautaire, des épisodes de discrimination et une réponse déficiente face à des situations graves d’insécurité.

À plusieurs reprises, lorsque des résident·es ont souhaité inviter d’ancien·nes résident·es à certaines activités ou événements organisés à la Maison — personnes qui, comme par hasard, avaient également appartenu à différentes périodes au Comité des résident·es —, Muzio a publiquement refusé d’autoriser leur présence à ces événements, en soutenant que leurs demandes avaient été traitées dans le cadre d’échanges avec d’autres maisons de la Cité Universitaire ou avaient été dûment rejetées dans le but de limiter leur présence au sein de l’institution argentine, y compris dans ses formes les plus quotidiennes, car il s’agissait de personnes « politiquement indésirables ». Cette pratique est particulièrement grave dans une résidence universitaire publique, puisqu’elle transforme des divergences politiques ou des critiques de la gestion en motifs d’exclusion de l’espace communautaire.

Par ailleurs, au début de la gestion de Muzio, des affiches contre la haine homophobe distribuées par la Cité Internationale Universitaire de Paris ont commencé à disparaître. L’un des résident·es qui se chargeait de les remettre régulièrement en place a vu, à une occasion, Muzio les retirer personnellement. Interrogé sur les raisons de ce retrait, selon le témoignage dudit résident, Muzio a répondu qu’il s’agissait d’« ordres du gouvernement argentin ». Cet épisode est d’une extrême gravité, non seulement en raison du contenu discriminatoire implicite dans le retrait de matériel contre la haine homophobe, mais aussi parce qu’il contredit les valeurs de non-discrimination, de pluralisme et de respect de la diversité qui doivent régir tant la Cité Internationale Universitaire de Paris qu’une institution publique argentine à l’étranger. Après que le résident eut confronté Muzio au sujet des affiches, le directeur l’a immédiatement invité dans son bureau pour « discuter de son avenir dans l’institution », fait qui a été dénoncé auprès des autorités de la Cité.

À ce climat de harcèlement et de discrimination s’ajoute un manque préoccupant de réponse face à des situations concrètes d’insécurité. Le 15 avril 2026, vers 10 heures du matin, une personne extérieure à la Maison de l’Argentine est entrée dans le bâtiment, a accédé aux chambres de plusieurs résident·es et a volé trois ordinateurs ainsi qu’environ 500 euros. Informé du vol quelques minutes après les faits, Muzio a déclaré être occupé et ne pas pouvoir s’en charger à ce moment-là.

Le soir même, il a reçu les résident·es affecté·es et leur a indiqué qu’ils devaient déposer eux-mêmes plainte individuellement. Cependant, Muzio n’aurait pas signalé institutionnellement qu’une personne étrangère à la Maison était entrée illégalement dans la Maison de l’Argentine, avait accédé à des chambres privées et y avait commis des vols, comme cela relevait de sa responsabilité en tant que directeur de l’institution.

Le lendemain, lors d’une réunion avec des résident·es préoccupé·es par ce qui s’était passé, Muzio s’est engagé à réparer les portes d’entrée, dont les serrures sont détériorées et restent fréquemment ouvertes, ainsi qu’à envoyer un courriel à l’ensemble des résident·es pour les informer de la situation et transmettre des mesures de prudence et d’apaisement. À ce jour, les résident·es n’ont reçu aucune communication institutionnelle à ce sujet et les portes demeurent dans le même état de vulnérabilité.

Ces faits révèlent un schéma alarmant : alors que l’accès de certaines personnes est restreint arbitrairement pour des motifs politiques, que des matériels contre la haine homophobe sont retirés et que celles et ceux qui questionnent la gestion sont sanctionnés de manière informelle, la direction n’adopte pas de mesures efficaces face à des situations

concrètes d’insécurité qui affectent directement l’intégrité, les biens et la tranquillité des résident·es.

Pris ensemble, la gestion discrétionnaire des places, l’exclusion de représentant·es du Comité des résident·es, l’interdiction d’entrée d’ancien·nes résident·es considéré·es comme politiquement indésirables, le retrait de matériel contre la discrimination, l’absence de mesures de sécurité adéquates et la négligence face aux vols survenus dans le bâtiment, en lien avec des installations dûment signalées et intentionnellement ignorées, configurent un climat institutionnel profondément préoccupant. Sous la gestion de Santiago Muzio, la Maison de l’Argentine a cessé d’être un espace de coexistence pluraliste, sûr et démocratique, pour devenir un lieu traversé par la persécution politique, la discrimination et l’insécurité.

6. Demandes adressées aux autorités

Au vu de tout ce qui précède, nous sollicitons l’intervention du ministère du Capital humain, des autorités compétentes du Secrétariat à l’Éducation et de Monsieur l’Ambassadeur de la République argentine en France, en sa qualité de plus haute autorité de la représentation diplomatique argentine auprès de la République française, afin que soient adoptées les mesures suivantes :

1. Qu’un audit administratif, comptable et technique intégral soit réalisé sur la gestion de Santiago Muzio à la tête de la Maison de l’Argentine.

2. Que soient rendus publics les plans de rénovation de la Maison, les budgets approuvés, les dépenses engagées, les contrats conclus, les fournisseurs concernés et les critères utilisés pour définir les priorités de travaux.

3. Que soit ordonnée la réintégration immédiate des résident·es déplacé·es par la procédure de renouvellement des places pour l’été 2026, en garantissant leur continuité résidentielle à la Maison de l’Argentine.

4. Qu’il soit vérifié si les travaux réalisés ou en cours disposent de l’autorisation de la Cité Internationale Universitaire de Paris, des permis de la Municipalité de Paris et d’un accompagnement technique adéquat.

5. Que soit évalué l’impact économique de la réduction du nombre de résident·es à environ 30 personnes, en tenant compte de la perte de revenus mensuels pour la Maison et de l’augmentation potentielle de la charge économique pour l’État argentin.

6. Que soient publiés les critères utilisés pour la sélection des résident·es admis·es et refusé·es pour la période estivale 2026, ainsi que la liste complète du prétendu ordre de mérite, si celle-ci existe.

7. Que soient réexaminées les décisions d’exclusion adoptées de manière arbitraire et qu’une solution de logement soit garantie aux personnes affectées par une procédure dépourvue de transparence.

8. Qu’une enquête soit menée afin de déterminer s’il y a eu persécution politique ou représailles institutionnelles contre des résident·es ayant participé au Comité des résident·es, réclamé la restitution des plaques commémoratives ou questionné publiquement la gestion de la Maison.

9. Que soient investigués les épisodes de harcèlement institutionnel, de discrimination et de restriction arbitraire de la vie communautaire dénoncés dans cette lettre, y compris l’interdiction d’entrée d’ancien·nes résident·es considéré·es comme

politiquement « indésirables » et le retrait d’affiches contre la haine homophobe distribuées par la Cité Internationale Universitaire de Paris.

10. Que soit évaluée la réponse institutionnelle de la direction face au vol survenu le 15 avril 2026 et que des mesures urgentes soient adoptées pour garantir la sécurité des résident·es, notamment la réparation des portes d’entrée et la mise en place de protocoles clairs face aux faits d’insécurité.

11. Que soit évaluée la responsabilité institutionnelle de Santiago Muzio pour abus d’autorité, violence institutionnelle, gestion discrétionnaire des ressources publiques, détérioration des relations institutionnelles de la Maison et décisions arbitraires dans l’attribution des places.

7. Demande de démission

La Maison de l’Argentine à Paris appartient à tous les Argentins et à toutes les Argentines. Elle ne peut être administrée comme un espace privé ni comme la propriété personnelle de son directeur. Elle ne peut pas non plus faire l’objet de travaux mal planifiés, opaques ou présumément irréguliers, susceptibles de compromettre le patrimoine public argentin à l’étranger et de générer, à long terme, des problèmes structurels encore plus importants.

Pour toutes ces raisons, nous exhortons les autorités du ministère du Capital humain, les autorités compétentes du Secrétariat à l’Éducation et l’Ambassade de la République argentine en France à intervenir de manière urgente dans la Maison de l’Argentine à Paris, à auditer la gestion actuelle, à rendre transparente l’utilisation des fonds publics et à garantir que l’institution remplisse à nouveau pleinement sa mission académique, scientifique, culturelle, communautaire et diplomatique.


Nous sollicitons également la démission de Santiago Muzio de ses fonctions de directeur de la Maison de l’Argentine ou, à défaut, sa révocation par les autorités compétentes, en raison de la gravité des faits dénoncés : abus d’autorité, gestion peu transparente des ressources de l’État, détérioration de la vie institutionnelle, atteinte aux relations institutionnelles et diplomatiques de la Maison, perte de confiance de la communauté des résident·es, affaiblissement de l’agenda culturel, préjudice porté aux relations avec la Cité Internationale Universitaire de Paris et usage arbitraire et politiquement biaisé des places d’hébergement.


Sans autre objet, le Comité des résident·es de la Maison de l’Argentine, représenté par sa présidente, Nicolina Porcelli, et son vice-président, Salvador Calanni, manifeste sa pleine disposition à collaborer avec les autorités compétentes et s’engage à fournir des documents, photographies, courriels, témoignages de résident·es et d’ancien·nes résident·es permettant d’étayer chacun des points développés dans la présente lettre et de contribuer à l’éclaircissement des faits dénoncés.


Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de notre considération distinguée.

 
 
 

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